Stiletto & Vitriol

De la mode mais pas seulement…

Snob Society : glamour et décadence d'un univers de rêve

snob society

Présentation de l’éditeur:

« Chanel, Gloria Swanson, Greta Garbo, Marie-Laure de Noailles, la duchesse de Windsor, Visconti, Ali Khan, Rita Hayworth, Truman Capote, Gianni Agnelli, la princesse Grace, la Callas, Onassis, Jackie Kennedy, Andy Warhol, Jacques Chazot, Elizabeth Taylor… Qui peut se targuer d’un tel générique ? Ce livre n’est pas une étude sociologique sur le snobisme, mais un livre avec des snobs comme personnages. Des snobs qui se croisent. Plus de snobs qu’aucun autre livre n’en a jamais réuni. Des snobs, des dandys, des noctambules, des esthètes, des égéries, des stars, dès couturiers, des décoratrices, des écrivains, des hommes à femmes et des femmes à hommes (mais aussi des hommes à hommes et des femmes à femmes) réunis par des histoires d’amour, des romances, des coucheries, des coups de foudre, des coups fourrés… Presque une centaine d’acteurs, sans compter les seconds couteaux. Que du beau monde, mais quel monde ! Un monde à des années lumière du nôtre. Un monde qui appartenait encore aux hommes et aux femmes qui se couchaient tard, qui buvaient comme des trous, qui fumaient comme des pompiers et se droguaient à l’occasion. Grâce à une foule d’anecdotes et une écriture qui emprunte au romanesque, Francis Dorléans, ancien chroniqueur pour Vogue, a l’art de convertir la nostalgie d’une époque en un feuilleton acide et coloré dont on ne voudrait rater aucun épisode. »

Françis Dorléans se livre à un exercice de style, pour le moins périlleux en nous narrant les infortunes des grands (snobs) de ce monde. Et il le fait avec un humour de circonstance: dur sans être injuste, léger sans être fat, lucide, toujours.

Dorléans convoque les fantômes du passé, les acteurs d’un monde englouti, fait de faste, de légéreté, et de drames, qui finalement, passent, comme le temps. Il révèle les ombres, les failles et les petitesses des icônes, stars et légendes qui ont forgé de ce qui fut successivement la café-society, la high-society puis la jet-set. La plupart d’entre eux sont morts jeunes, usés par les excès: alcool, drogues, amours tragiques, ‘trash sex’, errances existentielles. A force d’avoir voulu éviter l’ennui et la trivialité du quotidien, la quête de l’extraordinaire aboutit au sordide. On ne peut impunément ne vivre que dans l’inconstance, la versatilité, le jour présent. Sous ses mots, ces personnes qui ont tant fait rêver redeviennent des êtres dont les travers, communs à l’ensemble de l’humanité, prennent avec eux des proportions déconcertantes. Narcissisme, égoisme, immaturité, vénalité, bêtise et cruauté tiennent le haut du pavé. Et pourtant, on sent chez ce raconteur d’histoire un respect pour ses personnages dont on devine qu’ils l’ont fait rêver lui aussi. Il ne leur épargne rien, et décrit, toujours avec justesse et à propos, l’absurdité où leurs désirs les mènent.

L’auteur a choisi de ne pas structurer son livre par ordre chronologique, les évènements racontés pouvant se chevaucher dans le temps. Il n’a pas non plus jouer sur une structure monographique puisqu’il ne s’agit pas là de portraits mais de ’story telling’. Il réinvente au besoin les conversations échangées et prêtent à ses personnages les sentiments qu’ils ont plausiblement ressenti à ces instants là. Il donne ainsi à sa démarche la saveur d’un roman, se présentant sous la forme d’une suite de scénettes, toutes plus loufoques les unes que les autres. Cultivant l’esthétique de l’inachevé, Dorléans maîtrise à la perfection sa plume, oscillant, au gré des circonstances, entre sublime et grotesque.

En substance, un petit pot-pourri:

« Comment voulez-vous faire confiance aux hommes ? Son premier amour, pédé, son mari, pédé, son amant, pédé. Comment voulez-vous faire confiance aux hommes qui couchent avec d’autres hommes quand ils couchent aussi avec votre meilleure amie . Marie-Laure de Noailles avait des raisons d’être amère. »

« Evoquant des années plus tard l’Argentine avec des hommes d’affaires qu’il venait de rencontrer dans un cocktail, Onassis se récria : « Mon Dieu, quel pays ! Il n’y avait que des putes et des joueurs de polo…
- Hum, ma femme est née en Argentine, l’interrompit un de ses interlocuteurs.
- Ah oui, génial, et dans quelle équipe jouait-elle ? » »

« Garbo et Marlène devaient encore se partager Erich Maria Remarque. Ce qu’il en restait. Paulette Godard, qui après son divorce avec Charlie Chaplin épousa Remarque, affirmait que ce dernier lui avait confié que Garbo était un mauvais coup. Ce qui repousse les limites de la médisance sans convaincre puisque l’on sait par Marlène que Remarque était impuissant. Quel crédit accorder aux paroles d’un impuissant qui accuse une lesbienne d’être un mauvais coup ? »

- »[Onassis] avait toujours battu ses femmes comme des tapis. Maria [Callas] se conduisait comme une carpette. »

-La prononciation de [Soukras] lui jouait des tours. il disait Benzédriniens pour Byzantins, Kurillo pour Utrillo. « Utrillo! On prononce Utrillo », lui fit un jour remarquer un de ces blancs-becs sortis de l’université. « C’est ça, toi tu les prononces, moi je les achète, connard », rétorqua Skouras.

- »Pour l’hôpital américain, c’était impossible d’envisager qu’Onassis se laisse mourir de chagrin. On ne meurt pas de chagrin. Pas à l’hôpital américain. Ce n’est pas le genre de la maison. »

- »Avec les assassinats à répétition de ses fils, le stoïcisme de Rose [Kennedy] allait être mis à rude épreuve, mais elle ne bronchera pas davantage. Elle les avait vu grandir, elle les regardait tomber. C’était le jeu des hommes. A la mort de Bobby, elle demandera à Givenchy de lui coudre son collier de perles à même la robe de deuil qu’il lui confectionnait. Devant l’air interloqué du couturier, elle précisa qu’elle ne voulait pas qu’il vienne frapper le cercueil quand elle se pencherait pour l’embrasser. Une pro. La douleur n’égarait pas Rose Kennedy. »

Snobs définitivement. Mais humains aussi, très humains…

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