Exposition Sonia Rykiel : Le tricot aux Arts Déco

Le musée de la Mode et du Textile propose pour encore quelques semaines une exposition rétrospective consacrée à la créatrice Sonia Rykiel qui a fêté en grandes pompes ses quarante ans de création en septembre dernier. C’est donc l’occasion de revoir l’ensemble de son travail et son rôle dans l’histoire de la mode contemporaine.
On a souvent dit que sa première création est une robe de grossesse qu’elle s’était tricotée pour mettre en valeur ses rondeurs de femme enceinte alors que la mode avait encore tendance, par pruderie, à cacher les silhouettes « déformées » par cet état comme l’on disait alors.
Or, l’exposition révèle qu’en réalité, la créatrice a commencé par travailler avec son mari, propriétaire d’une boutique de vêtements de facture plutôt bon marché, Porte de Saint Ouen. A force de corriger les modèles destinés à la boutique, elle a finit par s’en faire faire quasiment sur mesure par leurs fournisseurs italiens. Cette version, bien que beaucoup moins glamour puisqu’elle ne joue plus sur le mythe de la révélation d’un talent inné, a le mérite d’expliquer l’une des qualités principales de la mode Rykiel, à savoir cette aptitude à coller aux désirs des femmes de son époque. On peut alors supposer que son apprentissage au cœur même de la réalité commerciale y a sans aucun doute contribué. On découvre donc au début de l’exposition ses premières créations qui sont en fait des vêtements qu’elle retouche et qui sont vendus sous la marque « Laura », celle de son mari. Évidemment, il est difficile d’apprécier à leur juste valeur des tenues qui, quarante ans après, semblent surtout criardes et peu flatteuses.
Mais petit à petit, guidé par la scénographie (plutôt sommaire du reste, ce qui a l’air d’être à travers français, ce qui mériterait sans doute d’ y consacrer un article car le sujet mérite qu’on s’y arrête), on découvre ou redécouvre ce que l’on aime chez cette femme : des créations qui respirent une féminité enjouée, joyeuse même, ludique et légère. La femme Rykiel est un heureux mélange de force de caractère et de douceur, des traits incarnés par ses vêtements, tantôt d’un noir profond et évocateur, tantôt saturés de couleurs audacieuses, ou jouant avec des pastels vaporeux. Écharpes aériennes, cou et épaules parés de plumes duveteuses, petites robes noires strassées sexy en diable et bien sûr pull-over épousant les formes du corps.

La panoplie Rykiel ne se départ jamais d’un ludisme poétique et érotique car la sensualité est mise en valeur comme un jeu entre les femmes qui portent et qui les regardent, les femmes, non les vêtements car :
« Un vêtement est réussi quand on dit à une femme tu es belle – et non – que tu as un joli truc ! –. Je crois que mes vêtements ont ce pouvoir : faire remarquer la tête sans se faire remarquer. C’est ce que je veux pour moi et pour les autres… »
Et c’est sans doute cela le plus grand talent de Sonia Rykiel : avoir proposé une vision de la féminité qui a trouvé un écho auprès des femmes à l’époque et encore aujourd’hui. Et c’est là où réside le talent de sa fille, Nathalie. Depuis le début des années 80, elle gère l’image de la marque et a su mettre en valeur la vision de sa mère en la mettant en scène dans les défilés. C’est en effet à elle que l’on doit le final qui ponctue chaque défilé avec des dizaines de mannequins, souriant, riant et dansant, célébrant la joie de vivre, la joie d’être une femme en somme.

J’ai malgré tout une certaine réserve en ce qui concerne l’image d’intello inspirée/torturée de Sonia Rykiel. A mi-parcours de l’exposition, on peut en effet être le spectateur privilégié de ses monologues sur le thème « Qu’est-ce que la création ? D’ailleurs, qui suis-je ? où vais-je ? que fais-je ? Mais oui je souffre, je pleure…mais à l’intérieur. Ça ne se voit pas, donc personne ne peut comprendre… » (je précise que je ne suis pas loin de la citation littérale ). Je dois dire que cette pose très ‘Saint Germain des Prés’, si elle s’explique très bien d’un point de vue ‘marketing’, est un tout petit peu surfaite. Le comble est d’ailleurs très vite atteint quand on entend la créatrice oser dire « J’aurais adoré être une femme-femme ( ?!) pas une femme publique, une femme fatale, juste une femme à la maison avec son mari et ses enfants… »…. ?! Outre que rien ne l’obligeait à exercer un métier, je trouve qu’une telle déclaration, quand bien même choisie pour la beauté du phrasé, est assez incohérente quand on se prétend une femme de lettres et qu’on se revendique de cette lignée. Et je passe sur la définition de la « femme-femme » comme femme au foyer… Bref, je préfère quand Sonia Rykiel met ses pensées en mode plutôt qu’en mots.
L’exposition conclut joliment avec les croquis et modèles du défilé hommage réalisés par toute la scène de la mode, des anciens aux plus jeunes qui se réclament de la femme Rykiel. J’ai pour ma part, et comme beaucoup, eu un coup de cœur pour la silhouette créée par Jean-Paul Gaultier, le créateur, qui, par cette même vision ludique, incarne tout l’héritage de Rykiel.
